Le Nil – Franck Vogel

1 Posted by - 4 février 2015 - reportage voyages

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Avec ses 6500km de long, le Nil – issu de la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu – est le plus long fleuve du monde. Il est synonyme de survie et de richesse pour les onze pays qu’il traverse (Égypte, Soudan, Soudan du Sud, Éthiopie, Érythrée, Tanzanie, Ouganda, Kenya, République Démocratique du Congo, Rwanda et Burundi).

Un accord sur la répartition de ses eaux élaboré par le colonisateur britannique en 1929, et amendé en 1959 par l’Égypte et le Soudan, concédait 55,5 milliards de m3 par an à l’Égypte et 18,5 milliards au Soudan. Les deux pays accaparaient ainsi 87 % du débit du fleuve, tandis qu’une clause accordait à l’Égypte un droit de veto sur tout projet de barrage en amont du fleuve. Une situation que les pays d’Afrique de l’Est jugeaient inéquitable et qu’ils tentaient de modifier depuis plus de dix ans. Dans l’objectif d’une coopération pacifique, les onze nations ont décidé de créer l’Initiative du Bassin du Nil en 1999. Le 14 mai 2010, à l’initiative de l’Ethiopie, quatre pays d’Afrique de l’Est ont signé un nouvel accord sur le partage des eaux du Nil, en l’absence du Burundi et de la RD Congo, et ce malgré le boycott de l’Egypte et du Soudan, farouchement opposés à ce projet. Plus que jamais, l’Égypte se cramponne à ce qu’elle considère comme un droit inaliénable. Plus qu’une valeur légale, sa signature a un objectif politique clair : manifester la colère des pays en amont du fleuve à l’égard de l’Égypte et du Soudan. « Le Nil est une ressource pour tous », déclarait le ministre éthiopien des Ressources hydrauliques, Asfaw Dingamo.   La tension liée à la répartition des eaux du Nil s’accentue encore davantage avec l’éclatement du Soudan et l’indépendance du Sud Soudan, le 9 juillet 2011, qui réclame sa part, mais les rivalités internes guettent déjà. L’Egypte s’est libérée du régime de Moubarak, mais avec une population grandissante et des besoins en eau toujours plus importants, elle sait que sa survie en dépend. L’eau est et sera au cœur de tous les débats. Un partage équitable semble mal engagé et une guerre pourrait éclater si l’Egypte ne plie pas…

J’ai souhaité me focaliser sur la situation de l’eau dans un contexte post-révolutionnaire en Egypte en m’intéressant aux familles (agriculteurs irrigant dans le désert, familles du Caire, pêcheurs, révolutionnaires,…), l’industrie du tourisme qui génère une pression hydrique accrue, sans oublier les politiques et leur vision de l’avenir.  Comme il est difficile de couvrir tous les pays d’Afrique de l’Est bordant le Nil, j’ai décidé de me limiter à l’Ethiopie et au Soudan du Sud. L’Ethiopie, souvent comparée au « château d’eau » d’Afrique avec son altitude, ses fortes précipitations, et ses nombreux barrages hydroélectriques, projette de finaliser son chef d’œuvre sur le Nil Bleu, le Grand Barrage du Millénaire, en 2017. Les tensions iront crescendo avec les pays plus au Nord, ainsi qu’en interne avec les déplacements de population engendrés par l’énorme bassin de rétention qui sera plus grand que le lac Tana. Quant à la toute jeune République du Soudan du Sud et ses nombreuses ethnies dissidentes, elle aura du mal à trouver un terrain d’entente en interne et elle voudra, elle aussi, sa part hydroélectrique du Nil.

La date de fin de construction du barrage du Millénaire en Ethiopie est prévue pour 2017. La zone est totalement interdite dans un périmètre de 50 km autour du barrage et rien ne filtre vraiment. On sait seulement que la construction du barrage a commencé en avril 2011. C’est soi-disant la société italienne Salini qui a obtenu le contrat de 4,8 milliard de $US, mais, là aussi, c’est flou. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé que le lac de rétention (63 milliards de m3) serait plus profond que prévu, ce qui inquiète l’Egypte. En effet, plus la capacité du lac est grande, plus la durée de remplissage sera longue, ce qui affectera fortement le débit du Nil Bleu en aval. Toutes les négociations en cours portent sur la durée de remplissage et la vitesse. L’Egypte souhaiterait 20 années alors que l’Ethiopie voudrait le faire en 10 ans. Si L’Ethiopie imposait son choix, le débit du Nil serait diminué de 10%, ce que ne peut tolérer l’Egypte. Se prenant encore pour des pharaons, les Egyptiens, tout comme leurs politiques, disent simplement qu’il suffit d’envoyer des avions et de bombarder le barrage une fois fini. Mais l’Ethiopie a loué, à Israël, les terres aux alentours pour les cultiver sur une durée de 50 ans. L’Ethiopie étant le berceau des Juifs Noirs, les Falachas, le soutien d’Israël lui est acquis. Excellent coup de poker de la part de Méles Zenawi, Premier ministre éthiopien ! Ce dernier est décédé le 21 août 2012, mais son successeur désigné s’est engagé à poursuivre toutes ses initiatives et ses projets de développement. Par conséquent, une attaque de l’Egypte pourrait entrainer une réaction israélienne, soutenue par les Etats-Unis, et marquer le début d’une guerre mondiale, puisque l’Iran, nouvel allié de l’Egypte depuis l’élection de M. Morsi (Frères Musulmans) à la présidence, se ferait un plaisir de soutenir l’Egypte.